Y'a des soirs comme çà....

Y'a des soirs comme çà....
J'ai pas l'habitude des articles persos mais y'a des soirs comme çà où la nostalgie vous étreint....

C'est un coup de fil d'un vieux pote que j'ai pas vu depuis une éternité...

C'est une photo que j'ai prise avec mes deux ptites chéries...
La grande sera bientôt une ado (au train où çà va...). J'l'ai à peine vue grandir. Le soir quand je rentre c'est la gros calins et les bisous et les "Papa je t'aime"... J'en profite tant que çà dure car il faut dire que j'en suis fier.
Et la petite qui est déja aussi une grande... Qui veut regarder les mêmes bétises que sa soeur à la télé.

Et moi le soir, entre deux copies qui valent pas grand chose parce que je suis qu'un pauvre ptit prof qui évidemment ne raconte rien d'intéressant (mais qu'est ce qu'ils connaissent de la vie?) et qu'c'est tellement plus simple de dire que çà sert à rien pour pas avoir à réfléchir un peu; je passe pour une fois faire un ptit tour ici.

J'ai regardé avec plaisir les blogs d'anciens élèves... Y'en a tellement de géniaux... je me contente de passer sans rien dire en général... çà serait un peu déplacé de "lacher un com"... je n'ai été qu'une étape dans leur vie... et encore, eux se souviendront probablement de moi dans 20 ans comme je me souviens (vaguement pour certains) de mes profs à leur age; mais moi, pour la plupart, je les aurai oubliés... pas que je le veuille, mais 125 têtes chaque année, je ne suis qu'un homme.

Alors j'me suis dit :"Allez, deux minutes pour une ptite bafouille, histoire de montrer que je suis encore en vie." Et puis çà fait du bien... c'est plus efficace que le divan du psy...

Y'a des soirs comme çà... où on devrait pas regarder en arrière... y'a des soirs comme çà...

# Posté le jeudi 22 novembre 2007 16:53

Modifié le lundi 15 septembre 2008 17:30

Volet 8

- Boudiou de froidure !... Vla bien des hivers qu'mes arpions z'avaient pas gelés dans leurs bottes !...
- Silence !
- Quoi c'est-ce c'te fois ?...
- Sshh...

Les deux sentinelles avaient beau se taire maintenant, il les avait repérées depuis un long moment déjà... Elles ne pouvaient pas voir grand chose dans ce brouillard, et leur ouïe lui semblait bien faible... Pauvres créatures... Qu'espéraient-elles face à lui ?... Et elles avaient froid ?!...

Le fil de ses pensées s'engouffrât dans l'abîme de ses souvenirs... Le froid...

Le froid...

Il n'était alors qu'un enfant d'à peine quelques hivers, une dizaine, deux demi-douzaines, peut-être... Le froid d'alors lui mordait les doigts et les orteils de ses mâchoires acérées,.. Seul, à demi nu, tremblant et claquant des dents, il savait qu'il ne pouvait y penser... Ses mains se devaient de lui obéir... Le moment venu, il faudrait qu'il sente chaque mouvement au bout de ses phalanges...

La tente était encore loin, rampant dans la boue mêlée de neige, les cheveux trempés plaqués sur le visage, il avançait aussi silencieusement que la Dernière... Il savait que s'il était découvert, il prierait de ne rien sentir dans les extrémités... Les Arch'liendhis n'étaient pas réputés pour leur tolérance...

Se plaquant dans la fange dure, retenant son souffle, il vit presque marcher sur lui deux sentinelles en ronde... C'était le moment... Quelques longs battements de coeur puis l'enfant bondit de sa cachette pour traverser le campement nocturne et rejoindre sa cible...

Se tassant contre la toile épaisse, il entreprit de découper délicatement les liens qui maintenaient les épaisses peaux entre elles... Puis, son trou de souris fait, il glissa comme une couleuvre dans la tente ennemie...

L'odeur était âcre d'encens et de fumée, l'air était brûlant comparé au glacial hiver dont il venait de prendre congé... Les yeux plissés, s'embuant de larmes... il entreprit de se repérer... Une litière de peaux de multiples couleurs se trouvait à sa gauche, tandis qu'en face de lui se trouvait le meuble de bois épais qui servait de bureau à sa cible... Des piles de parchemins s'y entassaient, menaçant de perdre l'habitation nomade à chaque souffle de vent sur les bougies qui éclairaient maigrement les lieux... Un clapotis attira son regard vers la droite... Un baquet de fonte s'y trouvait qui devait peser bon poids, et de la vapeur s'élevait de l'eau qu'il contenait... Mais ce n'est pas ce qui lui coupa le souffle...

Devant les piles d'ouvrages écrits, les monticules de rouleaux, et les peaux tannées marquées d'encres de multiples couleurs se trouvait sa cible...

Son regard se vida de toute expression... le sang montait à sa tête... Un claquement d'eau venant du baquet entoura la créature alors qu'elle déployait l'une de ses longues jambes...

Et elle souriait...

Les yeux couleurs d'émeraude braqués sur les siens, son visage d'albâtre révélait un sourire mutin qui ne semblait vouloir la quitter... Ses longs cheveux couleurs de braise descendaient en cascades liquides sur ses épaules et dans son dos... A ses oreilles brillaient deux magnifiques pendentifs... Ce ne pouvaient être que ses seuls vêtements... et ses seules armes...

Pourtant, son sang était gelé dans ses veines... Sa cible... devant lui... souriait toujours... Et se dressa sans pudeur dans le baquet, avant de lui faire signe...

" Sèche-moi ! "...

elle se tenait devant lui dans le plus simple appareil... L'eau jouait en coulant sur ses courbes parfaites... Nul effroi ne se lisait dans son regard... Nulle appréhension... Nulle inquiétude...

Juste de l'amusement...

" Dépêche-toi donc, empoté !... Je suis trempée !... "

Sans trop savoir pourquoi, il s'empara d'une étoffe posée à côté du baquet, et s'exécuta... il sentait sa peau sous le tissu, chacune de ses formes... suivait le contour de ses tatouages rituels... essorait sa longue chevelure...

Et se reprenant, sueur au front, les mains tremblantes, il glissait les doigts vers la lame qu'il tenait au creux de son dos... Elle se retourna, ses yeux amandes plongés au plus profond de son âme... Serrant les dents, il dégaina, puis dans un geste sec, plongea la fine lame aussi loin qu'il le pouvait entre les côtes de la créature... Briser son pouvoir !... Obéir à ses maîtres !...

Un mince filet noirâtre s'écoula des lèvres de la créature... Son sourire... son sourire ne s'était pas effacé... Il s'élargissait même !...

Tirant d'une main sur le long poignard, les yeux plongés dans ceux de l'enfant, sa bouche s'entrouvrit...

" Tu es encore meilleur que ce que l'on attendait... Tu feras une merveilleuse recrue !... "

Sa bouche s'entrouvrit, sur un sourire où pointait une paire de canines longues et fines...

" Une merveilleuse... " Le froid infernal de l'autre monde s'abattit sur l'enfant, et le poignard résonna en tombant sur le sol de la tente...

...

Pauvres créatures... qu'espéraient-elles face à lui ?...

Celui que la créature avait nommé Squall reprit son pas entre les forces ennemies... La nuit allait être longue... Et c'était mieux ainsi...

(Merci à Glibops...)
Volet 8

# Posté le jeudi 14 juin 2007 15:22

Modifié le dimanche 24 juin 2007 10:08

Volet 7

Volet 7
La jeune femme berçait tendrement la nacelle en chantant une ancienne comptine... Dehors, le vent hurlait et cinglait à tout rompre... Près de l'âtre, près de sa fille, elle n'en avait cure... Des monceaux de grêlons s'abattaient avec fureur sur les toitures gelées... Le feu crépitait sagement, elle resserra autour d'elle les peaux d'ours de la paillasse... Le ciel plus sombre que l'entrée des Enfers était sporadiquement brûlé par la lueur fugace d'un éclair ravageur...

On n'était pourtant point encore en hiver, mais le quidam qui eût observé au travers des papiers huilés des fenêtres de la haute tour ne l'aurait jamais crû... De la neige était tombé il y a trois nuits, qui avait aussitôt gelé, pour être percée de grêle puis affutée par les trombes incessantes de la veille... Aujourd'hui, sous ce ciel crépusculaire, les lames de glace guettaient l'imprudent qui oserait s'aventurer au dehors...

Elle n'en avait cure... Sa fille était tout ce qui comptait... Il pouvait tomber toute l'eau bouillie de l'Abysse... La famine et la guerre sonnaient peut-être à toutes les portes... Elle ne leur ouvrirait pas...

Au loin, le martellement d'une cavalcade de guerriers se fit entendre... Les rares hommes revenaient d'une de leurs sorties, songea-t-elle... Et comme chaque soir, ils seraient blessés et moins nombreux que la veille...

Et moins nombreux...

Filant le cours de ses pensées comme la laine à l'écheveau, elle repensait à son homme... Ce nigaud était parti avec les autres... « défendre la cité ! » disait-il...

Parti mourir en imbécile, oui !... Lui et ses deux douzaines de compagnons étaient sortis, sûrs de la force de leur nombre, sur leur beaux destriers... « on va leur apprendre !... » « ils verront de quel bois l'on se chauffe !... »

Pour sûr, l'Ennemi avait du voir... et sourire...

Seuls trois hommes revinrent, sur les deux seules montures survivantes... Deux d'entre-eux ne passèrent pas la nuit... le seul rescapé délira pendant le plus gros d'une semainée... Avant de rendre son dernier râle dans les bras de ses enfants...

Elle berçait toujours la nacelle... sa fille endormie... son unique et précieux trésor...

Les hommes tentèrent d'autres sorties, ils essayèrent de retrouver ceux qui ce soir là s'étaient volatilisés... Ce ne leur fut d'aucun secours... D'autres disparurent, plus qu'on ne retrouva quiconque...

Et en quelques marées, le plus gros des hommes avait disparu... De loin en loin, l'un d'entre eux revenait, porteur de cauchemars insensés qu'il disait vérité... Pour mourir quelques nuits après son retour...

Nul soin, nul onguent, nulle potion n'était d'aucun secours... Rien de ce que les clercs tentaient n'avait d'effet... Nulle prière ne calmait les mourants...

L'on se résolut à épargner les souffrances des insensés... Quel besoin avaient-ils de souffrir plus encore qu'ils ne semblaient l'avoir déjà fait ?...

Se versant une épaisse soupe dans un bol, sans quitter le berceau du regard, la jeune femme se demandait si ses soeurs auraient pu débuter telle folie que cette guerre... L'Ennemi était assoiffé de sang et de batailles... Il tuait et pillait sans retenue aucune... N'épargnait ni les anciens ni les infants... Mais était-Il vraiment si différent des hommes de sa cité ?...

Après tout, ceux là s'entre-tuaient sur le sable des arènes pour le plaisir d'une foule qui n'avait de cesse que de demander la mort des vaincus... Les hommes de la cité éprouvaient-ils de la pitié pour les prisonniers et les rebus qu'on jettait à une mort certaine ?...

L'appel du sang... l'appel du sang n'avait pas attendu l'Ennemi...

Pourtant, il était impossible de comprendre celui-ci... Quel maléfice poussait ainsi un adversaire invisible a toujours et encore plus de cruauté ?... d'infâmie ?... de haine ?...

Il ne restait rien après le passage de l'Adversaire... Même les ruines demeureraient infertiles, le sol changé en sable couleur de sang... Les hommes comme les bêtes disparus... ou pire...

Le Vide, le Néant, la Ténèbre assoiffée... ainsi avait-Il été nommé a diverses reprises...

Mais qu'importait ?... La jeune femme avait sa fille, et ne voulait, ne pouvait se résigner à imaginer qu'une de ces nuits, les Hordes et les Bêtes éventreraient les remparts de la cité pour s'épandre à l'intérieur comme la pestilence sur le malade... Ruinant tout... Effaçant chaque souffle de vie dans leur macabre invasion...

Elle reposa le bol vide... Dehors, la chavane était repartie à tomber... Les tuiles crépitaient tant qu'on eût dit qu'elles recevaient une pluie de flêches... Toujours le ciel était sombre... Combien de jours s'étaient passés sans qu'on vîsse le soleil ?...

Serrée plus fort dans ses peaux, elle regardait les lumières lointaines des feux ennemis... Encore une citadelle en flammes... Encore une bastide rasée... Encore un village pillé...

Et toujours les flammes qu'elle ignorait...

Car elle avait sa fille, son trésor, son unique et précieux trésor...

Plus près que les incendies, les cris d'une meute de bêtes enragées et affamées se répercutaient sur les parois de pierre de la muraille...

Peu lui importait... Car elle ne craignait rien... Car les murs de la forteresse de Nexus jamais ne tomberaient... Et jamais l'Ennemi n'approcherait de sa citadelle, si bien gardée derrière l'Immortelle Cité et ses invincibles gardiens...

Berçant la nacelle, elle se demandait quelle folie avait habité les hommes qui s'étaient ainsi jetés à la Mort... Pourquoi Diable avaient-ils franchi les remparts imprenables ?... Pourquoi n'avaient-ils pas laissé aux Immortels le soin de combattre l'Ennemi ?... Quelle folie !... Tout ça pour la Gloire ?!... la Gloire et ses chimères... la Gloire de disparaître avant de voir sa fille...

Oui, le Monde peut-être se serait mieux porté sans les hommes et leur folie ?...

Et l'Ennemi avait-il des femmes ?... Etaient-elles aussi la voix muette et inaudible d'une raison que le mâle ne peut percevoir ?... Se lamentaient-elles aussi d'avoir perdu leurs compagnons, leurs frères, peurs pères ?...

Peu importait...

Elle avait sa fille, son trésor, son unique et ...

...

Le silence se fit écrasant dans la pièce... le feu de l'âtre devint muet...

Le berceau était vide...

...

Et l'on entendit de loin le hurlement de la Dame Muette lorqu'elle chût du haut de sa tour...

Peu lui importait... Elle n'avait plus sa fille... son trésor... son unique et précieux...

(Merci à Glibops...)
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# Posté le jeudi 14 juin 2007 15:21

Modifié le dimanche 24 juin 2007 10:08

Volet 6

Volet 6
Il était tard. La nuit était tombée bien des heures auparavant... Un mince filet de lune tentait de se faufiler entre les noirs nuages qui tonnaient encore... L'air était devenu froid, un vent sournois se glissait sous ses vêtements, serrant d'une poigne gelée jusqu'à ses os... La nuit était tombée bien des heures auparavant, mais le jour ne serait pas levé de sitôt... La nuit serait longue, cette fois encore... froide et longue...

Luttant contre le sommeil avec la force que la peur des cauchemars lui insufflait, il repensa à tout ce qu'il avait vu depuis son départ du Castel de Morpok...

La plaine à feu et à sang, aussi loin que le regard pouvait porter... Les cités en flammes... Les feux lointains des hordes d'ennemis... Les caravanes de réfugiés et de fuyards... les orages zébrant le ciel de feu toute nuit, et noyant les terres sous leur déluge incessant... La résistance semble-t-il si futile des cités libres et des forteresses qu'étaient Syhaya et Bastion...

Mais surtout, il y avait pire... Bien pire que la guerre... pire que la Mort devenue si familière... pire que les ruines, les incendies, les pillards et la soldature ennemie...

Il était rôdé à tout ceci... Rien de cela ne l'eût empêché de trouver à se reposer...

Non, ce qui lui avait oté le sommeil, avait ébranlé sa raison, était autre chose encore...

Chaque nuit tombée, il craignait leur retour... il se raisonnait, tentait de se convaincre que tout cela ne pouvait être que chimère... que telle chose ne pouvait se concevoir...

Pourtant, les râles rauques qui accompagnaient la tombée du jour le lui rappelait de façon indélébile... Ils était là... Ils ne le lâchaient pas... Ils ne cesseraient jamais... ne stopperaient jamais... ne tomberaient jamais...

Car ils étaient morts !... depuis des mois ou des semaines... Ceux qui le poursuivaient depuis plusieurs lunes étaient tous morts...

Et pourtant ils marchaient, d'allure forcée, et maniaient encore l'épée ou la masse... Leurs chairs pourries se tendaient toujours sous leurs armures en ruine... Leurs intestins épandus sous eux, leur cervelle hors de la tête... leurs yeux tombant... ils le suivraient aux confins du monde... Car rien ne les ralentirait...

Il suffit !... se dit-il... Morts ou vivants... ils ne m'auront pas !... Je reste un champion... Je ne serai jamais vaincu !...

Il n'avait que trop tergiversé... s'arrêter ainsi, même quelques battements de coeur, signerait sa conscription à cette armée démoniaque... S'essuyant la sueur du front avec le revers de la manche, la main serrée sur la garde de son épée, il reprit sous les cieux grondant sa course...

Au loin se détachait sur l'horizon couleur d'ambre la silhouette squelettique d'une église désacrée... De la fumée s'élevait au dessus d'une charpente ouverte aux éléments, une ombre se balançait au gré du vent sous les cloches... Chacun de ses balancements sonnait son glas... chacun de ses balancements...

S'enfonçant dans la boue jusqu'aux genoux, réprimant un juron soudain, sa course s'arrêta net...

Qu'était-ce que ceci ?... Encore quelque noire sorcellerie ?... Quel sombre nécromancien oeuvrait encore ?...

Elle s'avançait vers lui d'un pas lent... claudiquant... le faisant soupçonner à chaque enjambée qu'elle ne fut elle aussi plus morte que vive... Elle serrait quelque chose contre sa poitrine... Un petit ballot de linge... Se-put-il qu'elle eût infant ?...

La main sur l'épée, s'extirpant à grand peine de la fange collante, il la regardait approcher... Attendant que quelque rayon lunaire lui dévoile la vérité, lui inflige chairs tuméfiées et os putréfiés... Elle n'était qu'à quelques pas... la pluie martelait comme le forgeron... les nuages se faisaient plus obscurs encore que quelques moment auparavant...

Elle s'avançait encore...

Il tenta de lui parler... de savoir si la raison l'habitait encore qu'elle eût pu répondre...

Rien... Seul le hurlement du vent, et les grognements de la bâtisse qui menaçait de s'effondrer...

Il lui sembla un instant que ses yeux étaient rouges et brillants... Comme ceux d'un carnassier fondant sur sa proie...

Il dégaina lentement... Elle n'était qu'à une longueur de bras... Elle ne semblait ralentir...

Un long râle s'éleva au dessus des deux créatures qui se faisaient face... Ce ne pouvait être le vent... Etaient-ce ses poursuivants qui le rejoignaient ?... il se dit que s'ils étaient déjà là, peut-être devrait-il considérer la noyade dans la mare de boue ?...

Elle leva la tête vers lui... Sous un faible rayon lunaire, il crut voir l'ombre de la Définitive... Plongeant sa lame au coeur de la créature en un réflexe hérité d'années de batailles, le râle se tût immédiatement... Un filet rouge s'écoula de la bouche de la créature qui commençait déjà de s'affaisser...

Retirant sa lame teintée de noir, les yeux pleins de pluie et de cendre, le champion regarda femme et enfant tomber à ses pieds... La longue plainte gutturale d'un loup s'éleva loin derrière lui... et la terre de boire avidement la vie qui s'échappait des deux humains...

Le champion ne pouvait bouger...

La pluie se mêlait à sa sueur, aux cendres et à ses larmes...

Il venait de tuer... d'innocentes créatures... à la faveur de la nuit et de la peur...

Le glas sonnait toujours au dessus du pendu... Mais il savait maintenant pour qui...

Au loin, les lueurs rougeâtres de dizaines d'yeux s'allumaient en une procession affamée ...

Retournant sa lame, le champion les regardait... il venait de tuer...

Le glas sonnait toujours au dessus du pendu...

Il ne senti pas le froid du métal se glissant entre ses côtes... Il ne perçut pas le sang des innocents se mêler au sien... Il sentait s'abattre sur lui en une chape de plomb la Ténèbre avide...

Le glas sonnait toujours... pour deux innocents... et un champion tombé...

Pour deux innocents... qui n'étaient qu'un début...

Au loin, les hordes avides s'arrêtèrent... Un champion venait de les rejoindre...

(Merci à Glibops...)

# Posté le jeudi 14 juin 2007 15:20

Modifié le dimanche 24 juin 2007 10:08

Volet 5

Le blizzard qui soufflait depuis maintenant deux lunaisons avait tout congelé... Les arbres tendaient des branches squelettiques dans le sens du vent, comme s'ils avaient voulu échapper à cet hiver prématuré... Les minces brindilles semblaient se tordre de douleur dans la glace... Le sol habituellement boueux dans ces contrées était dur comme de la roche, la moindre pierre aussi froide au toucher que la Faucheuse elle-même... Ce qui avait été un étang offrait aux yeux le spectacle d'une surface lisse et dure comme un miroir... Mais ce miroir ne reflétait pas ceux qui s'y aventuraient... il les dévorait... Pour qu'ensuite leurs regards vides rendent aux prochains visiteurs l'illusion de leurs reflets...

C'est contemplant ce macabre spectacle que le scout fatigué s'accroupit entre deux roches... Il venait de parcourir trois paires de lieues dans cet enfer glacial, et nulle part il n'avait vu âme qui vive... Ses seuls compagnons de voyage avaient été les cadavres givrés des habitants de la région... Jusqu'au fond de leurs maisons, la bise avait été les saisir, pour les changer en statues silencieuses et blanchâtres...

Sur la place du dernier village qu'il avait traversé, il avait même vu se dandiner au gibet un quelconque pillard capturé par ceux d'ici... On les disait durs au métier, farouches et ardents dans leur haine de l'Ennemi... Mais, aussi durs qu'il eussent été... Ce n'était rien comparé à ce qu'il restait d'eux...
Réprimant un sourire, le scout pensât que cette fois, ils étaient durs pour de bon...

Un craquement le tira de sa torpeur... Maudite froidure qui engourdissait son âme autant que ses chairs !... Sans un bruit, il se glissa plus au fond de son trou... guettant le moindre indice de l'Ennemi...

Plusieurs longues poignées de sable devaient s'être écoulées dans le Sablier du Temps, qu'il n'eut entendu aucun autre signe... L'air qui s'échappait de sa bouche faisait de grosses volutes de fumée devant ses yeux, qu'il tentait de réprimer... il sentait la sueur gelée lui couler dans le dos... Pas le moment de prendre froid, pensait-il... La Mort me rattraperait avant l'aube...

Il attendit encore, pour être sûr qu'il était seul, puis il se décida à sortir... Il lui faudrait sans doute encore parcourir de longues lieues avant qu'il ne se pense à l'abri... Les troupes qu'il avait laissées derrière lui une demi-lune auparavant ne devaient plus être si loin... Au milieu de cette armée, peut-être, se sentirait-il moins... effrayé ?

Comment se pouvait-il que lui, aguerri par tant de conflits, tant d'escarmouches et de batailles, ait pu ressentir au fond de lui gonfler cette boule de terreur ?... Ce primal sentiment qui vous dévore de l'intérieur... Cette certitude néfaste que tout va mal...

Ce n'est pas le moment ! se fustigea-t-il... En avant, rejoins tes troupes, éclaireur !

Se glissant entre les lames de glace des arbres décharnés, il reprit au petit trot son retour vers les siens... Le cadavre éventré d'un coche offrait ses entrailles aux lames givrées... Tout autour, les corps enlacés des défenseurs comme de l'Ennemi étaient semblables à des statues de marbre... Pétrifiés dans la lutte ... Le temps semblait s'être arrêté pour contempler la folie des vivants...

La nuit allait bientôt tomber, et avec elle, le vent serait plus meurtrier encore... Il ne pouvait échouer... Il les avait vus... Il rapportait de bien trop précieuses informations à ses officiers pour se permettre de laisser à l'avide et glacial ennemi la moindre prise sur lui... Ignorant de nouveau la chape de sang congelé qui lui couvrait l'½il droit, il se remit à courir...

Devancer la nuit... Rejoindre les feux des troupes avant que le blizzard ne se lève de nouveau...

Le visage griffé par les branches aiguisées, le pas de course lourd et fatigué, le ventre creux de plusieurs jours, il ne tenait plus que par la force de sa volonté...

De sa volonté... et par le souvenir de ce qu'il avait vu... de ce qu'il fallait absolument stopper... de l'Ennemi !...

Car il l'avait vu ! Il l'avait vu et il était encore en vie !... Ce qu'il leur rapportait était trop précieux pour qu'il écoute son corps meurtri... son âme blessée...

Chaque souffle de son torse, haletant, il revenait en arrière... Il les revoyait du trou entre les roches d'où il était tombé... le providentiel trou qui lui avait sauvé la vie... le trou d'où il les avait espionnés... l'Ennemi n'était pas aussi aveugle et affamé qu'ils le prétendaient... Il n'errait pas au hasard, dévorant sur son passage hommes et animaux... brûlant indifféremment fermes et castels...

Non, l'Ennemi avait un visage... plusieurs même... et un but... un objectif macabre auquel Il s'attelait avec la froide détermination du bourreau après sa victime...

L'Ennemi ne faisait rien au hasard... l'Ennemi complotait et devisait... l'Ennemi élaborait des plans et des stratégies... l'Ennemi avait le visage d'airain d'une vierge sanglante, fille de la lumière... l'Ennemi avait les traits doubles d'une paire de jumeaux infernaux, au regard brûlant des flammes éternelles... l'Ennemi avait la lame longue et noire d'un porteur d'épée invincible...

Ce qu'il leur rapportait était trop précieux...

Au loin, les flammes s'élevaient et dessinaient de longues arabesques sur le ciel obscur où aucune étoile ne semblait pouvoir pointer... Il força le pas... Plus que quelques bosses à franchir... Plus que quelques détours entre les arbres cadavériques... avant de rejoindre les troupes...

Avant de retrouver les sentinelles, et de trouver un feu où réchauffer ce qu'il restait de son c½ur transi...

Quelques détours... Rejoindre les feux des troupes... Approcher les sentinelles...

...

Son pas ralentit brusquement... Son visage changea de couleur... Alors que devant lui se dessinaient les silhouettes empalées des sentinelles, que se détachaient sur fond de nuit les tentes en flammes... que s'élevaient au dessus des braisers les rares hurlements des survivants attendant leur tour que Celle Qui Ne Vient Qu'Une Fois les cueille...

Il comprit alors combien sa course avait été inutile... L'Ennemi ne faisait rien au hasard... l'Ennemi complotait et devisait... l'Ennemi élaborait des plans et des stratégies...

Car il l'avait vu... l'Ennemi ici aussi avait frappé...

Car il l'avait vu... et vît encore l'Ennemi au c½ur des flammes se tourner vers lui...

(Merci à Glibops...)
Volet 5
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# Posté le jeudi 14 juin 2007 15:20

Modifié le dimanche 24 juin 2007 10:09